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Angoisses fondamentales & verticalité



Nos vies d'êtres humains sont hantées par trois angoisses fondamentales, existentielles : la peur de la mort, la détresse de la solitude, et le désespoir face au non-sens de la vie. Toutes les souffrances, douleurs, difficultés, peuvent être reliées d’une façon ou d’une autre à ces trois angoisses fondamentales. Et d’une certaine manière, on peut dire aussi que tout désir, tout mouvement, toute relation a vocation à y répondre, à les apaiser.


Pour ce faire, nous cherchons principalement à l’extérieur de nous-même les moyens de cet apaisement, tout au moins tant que nous nous maintenons nous-même exclusivement dans la dimension horizontale de notre existence, celle du quotidien, de la seule matérialité, de l’utile et de l’agréable. Ainsi :

  1. Face à la mort, nous évitons la souffrance en nous assurant une certaine sécurité. Nous investissons la matérialité, la possession, la richesse, le confort, la jouissance des objets. La réussite professionnelle, la reconnaissance sociale, l’enfantement sont aussi des moyens usuels d'apaiser l'angoisse de mort, à des niveaux divers, l’enjeu étant de maintenir par-delà notre existence une certaine permanence, à tout le moins, dans l’esprit et la culture de ceux qui nous survivent.

  2. Face à la solitude, nous évitons l'isolement en recherchant l'attachement. Nous investissons ce qui nous lie à l’autre (le lien), couple(s), amis, copains, collaborateurs, … bref les relations. Pour certain(e)s, ces relations sont fusionnelles, exclusives, peu nombreuses (attachement focalisé). Pour d'autres elles semblent plus ouvertes, inclusives, multiples (attachement délayé). On peut aussi plus ou moins se donner à l'autre, ou plus ou moins posséder. Les variations sur ce thème sont multiples et variées.

  3. Face au non sens, nous évitons l'absurde en accumulant expériences & savoir. Que ce savoir traite des lois de l'univers, ou de choses plus prosaïques, notre objectif est ainsi de donner du sens, de trouver une raison d'être aux choses, aux gens et à nous-même. Quant aux expériences (voyages, sports, visites, découvertes, activités diverses,...) nous attendons le plus souvent d'elles qu'elles nous fassent oublier la trivialité irraisonnée du quotidien et du présent, et/ou qu'elles enrichissent encore notre savoir et nous aident à donner du sens à la vie humaine.

Lorsqu’un certain degré d’accomplissement est atteint dans cette extériorité, nous avons tendance à l’exposer, comme si cet affichage devait nous convaincre nous-même de son bien-fondé et de sa suffisance. Le regard des autres devrait aussi nous confirmer dans la justesse de notre chemin, et le besoin de ce regard peut perdurer jusqu’à un âge très avancé, voire s'accentuer avec les années. On peut être aussi plus ou moins pudique vis-à-vis de cette exposition, mais cela n'enlève rien aux motivations premières qui nous ont guidés jusque là. Pour ceux et celles qui sont moins chanceux, ou moins dotés des qualités qui permettent de "réussir", ce chemin reste à arpenter comme une promesse d'un futur plus radieux et surtout plus apaisant.


Malheureusement, et quel que soit le degré de réussite atteint, cette recherche extérieure à nous même ne résout pas vraiment nos angoisses fondamentales, qui subsistent par essence, car :

  1. La sécurité est relative : les objets ont eux-mêmes une fin, les gloires et reconnaissances sont éphémères, la satisfaction des désirs en appelle d’autres dans une course infinie qui laisse, même les plus riches, dans un sentiment d’incomplétude et d’insatisfaction souvent chronique. Et puis surtout, un jour ou l’autre, nous sommes malades, nous rencontrons le danger, nous mourons, et même si nous pouvons jouer les fiers, les durs, les détachés, en appeler à des philosophies classiques ou personnelles, cette inquiétude nous rejoint toujours, ne serait-ce que dans nos souffrances physiques, nos maladies, notre vieillissement, … ou ceux des autres en miroir.

  2. L'attachement est fragile : nos compagnons et compagnes de route sont en général source de grande insatisfaction, tant que le besoin qu’ils compensent nos manques et notre angoisse domine la relation, tant qu'ils sont aussi l'objet de nos projections internes. Chacun(e) essaie là aussi de combler le gouffre de cette évidence à sa manière : détachement feint ou assumé, passion affirmée, contrôle, retrait, multiplication des relations, don juanisme, amitié amoureuse, … Les relations humaines témoignent de la créativité individuelle en la matière. Quoi qu'il en soit, quelle que soit notre recette personnelle, ces compagnons et compagnes finiront aussi par mourir, tomber malade ou nous quitter. Espérer "partir en premier" ne résout rien non plus. C'est un projet de vie qui renvoie à la première angoisse fondamentale.

  3. Le savoir et les expériences sont limités : ils ne suffisent pas à donner du sens à tout ce qui nous entoure ou nous arrive, et nos certitudes, nos raisonnements, nos croyances finissent également par se heurter au réel qui nous dépasse et nous (ré)interroge. La science n’échappe pas à cela. Il suffit d’avoir fait un peu de recherche scientifique, ou de s’y intéresser, pour voir le doute qui habite beaucoup de chercheurs, et le caractère temporaire des vérités scientifiques exposées. Quant à s'oublier dans la multiplicité des expériences, ceci aussi a une limite matérielle et temporelle qui nous impose le renouvellement continuel, parfois jusqu'à l'épuisement ou au dégoût.

Il n’y a donc pas de véritable issue à nos angoisses dans cet extérieur à nous, même s'il s'impose comme une évidence et une réalité à vivre. Nous errons là, avec plus ou moins de brio, en recherche effrénée d’apaisement, à un point tel que la planète semble aujourd’hui saturée de notre course aux désirs (objets, voyages, sensations, relations…). Par expérience ou par affinité, l’être humain peut donc également chercher à l’intérieur de lui-même un apaisement à ses angoisses existentielles. S’offre alors à lui 3 niveaux possibles de réponse.


Le niveau opérationnel, qui vise des objectifs précis en réponse à chacune des 3 angoisses fondamentales. L’individu cherche à croitre en puissance, en capacité d’action, afin de mieux réussir, exceller, posséder, satisfaire (objets, relations,…). C’est le domaine de l’utile et du futur. Nous sommes toujours dans l’horizontalité, le lieu commun de ce qui est désormais nommé le développement personnel, le développement de la personne, du "moi". Evidemment, les limites précédemment évoquées s’imposent toujours à nous. Notre puissance n'étant pas infinie, un jour ou l’autre l’insatisfaction se révèle, et le choix se pose à nous de nous entêter, d’en espérer toujours plus, ou d’essayer autre chose. Mais c'est aussi un niveau qui peut donner du piquant au quotidien, et un certain sentiment de maîtrise, d'auto-satisfaction, voire d'accomplissement.

Le niveau thérapeutique, qui est celui de la compréhension des causes et des buts. Ici nous cherchons à nous soigner pour apaiser nos 3 angoisses existentielles, dans ce qu’elles ont de maladif, d’inadapté, « d’anormal ». C’est le lieu du pourquoi et du passé, qui peut-être au-delà de notre vie même (généalogie, ancêtres, …), le lieu de la parole, du toucher et du lien qui libèrent, au moins en partie, au moins temporairement. On le voit, le "moi" domine toujours ici, mais on le soigne dans ses blessures, ses manques, ses faiblesses, plutôt que de chercher à le renforcer dans ses forces et sa puissance comme dans le niveau opérationnel. L'un et l'autre niveau peuvent être complémentaires, s'étayer, nous aider à croître et à apaiser. Le niveau thérapeutique présente en outre l'intérêt d'ouvrir l'être humain à sa fragilité, à ses vérités subjectives et il permet de libérer des énergies et potentialités autrement occupées à tourner en rond dans des répétitions maladives ou des blocages malsains.

Le niveau spirituel, est enfin celui de la transcendance, et c’est celui de l’entrée dans la dimension verticale. Cette verticalité s’exprime dans le corps, l’âme et l’esprit, puisqu’elle est à incarner en cette vie, et non une simple promesse pour un au-delà libéré. C’est le lieu de l’expérience, du contact, puis de l’intégration de la Présence que nous sommes par essence, lorsqu'elle nous apparaît dégagée de nos identifications, habitudes, schémas, projections, ... Cette expérience de notre dimension verticale nous révèle, dans la vérité de ce qui est contacté comme une libération, les 3 sources de la Paix profonde : le Présent (éternité de l'instant ici et maintenant), l'Unité (je suis une partie du Tout), le Silence (apaisement psychique, émotionnel). La Vie se révèle alors à nous telle qu'elle est, et non telle que nous la pensons, l'imaginons, l'espèrons, la redoutons, la captons,... Et notre quotidien trouve enfin une raison d'être au-delà de la compensation.

Vécue ainsi, cette transcendance n’est alors pas un refuge. Elle est une autre dimension de nous-mêmes qui ne demande qu'à être vécue pleinement, c'est-à-dire en l'incarnant en cette vie, à travers le "moi", dans la dimension horizontale, d’une façon qui nous est propre. Partie du Tout, nous sommes pourtant une singularité de la Vie, dont le Tout a besoin, qui nous attend, en vérité et en potentialité. Tout s'éclaire alors et s'allège, car le "moi" se rend de plus en plus transparent, en se mettant au service de plus grand que lui. Se développent alors Force, Amour, et Sagesse véritables, qui émanent du plus profond de soi et ne sont en aucun cas une morale ou une attitude externe à copier ou emprunter. C'est tout l'enjeu de la Pratique que de faire l'expérience de cette dimension de l'Être-Présence, puis à travers l'entraînement, d'en approfondir le contact, jusqu'à l'intégration d'instant en instant, dans la vie la plus soit-disant basique et ordinaire. Et cette évolution ne peut se faire sans décroissance du "moi", dans ce qu'il représente d'identité fixée. Il y a peut-être un peu à perdre... mais tant à trouver Là.



En partie et très librement inspiré des travaux de K. Graf Dürckheim.

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