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Des repères sur le chemin : l'énergie

La plupart des traditions spirituelles possèdent des représentations schématiques du chemin à parcourir dans la voie qu'elles proposent, comme par exemple Le dressage de la vache ou de l'éléphant pour le bouddhisme, Le château intérieur de Thérèse d'Avila et L'itinéraire de l'esprit vers Dieu de Saint Bonaventure pour le christianisme, la Baghavad-Gita pour l'hindouisme, les Yogas Sutras de Patanjali pour le Yoga,...

Engagés dans un chemin de transformation, nous ressentons parfois en effet le besoin de nous situer, de constater le parcours déjà réalisé, de vérifier certaines avancées, de comprendre ce que nous percevons comme des blocages,... Avoir à sa disposition un schéma de progression peut alors s'avérer précieux, ne serait-ce que pour alimenter notre motivation et notre pratique. C'est un peu comme disposer d'une carte routière pour aller quelque part. Bien sûr, cette comparaison semble obsolète à l'heure des GPS et applications dédiées. C'est d'ailleurs l'objet des outils de biofeedback, que de tenter d'objectiver les ressentis et les progrès par des mesures physiologiques (variabilité de la fréquence cardiaque, ondes cérébrales, ...), un peu dans l'esprit du GPS versus la carte routière. Mais les études cliniques sur ces sujets peuvent se révéler très contradictoires dans leurs conclusions. L'être humain est multidimensionnel, et il semble par exemple bien complexe de mesurer l'état de conscience alors qu'on ne sait encore pas si elle est réellement le produit du cerveau, et si c'est le cas, où en est le siège dans la masse cérébrale. La carte n'est pas le territoire, disait Korzybski, et ceci est aussi vrai pour les outils plus modernes et complexes de représentation du dit territoire. Tout cela pour dire que ces variations sur le thème du chemin de libération de l'être humain ne sont que des représentations mentales… qui cherchent justement à traiter du non-mental. Elles sont donc à prendre avec des pincettes, rien ne pouvant primer sur l'expérience personnelle. Chacun(e) est différent(e) et arpente son propre chemin.


Quoi qu'il en soit, nous pouvons tenter de produire une carte de l'évolution intérieure dans le cadre de la pratique du Mouvement Présent. Et comme le Mouvement Présent vise l’union en nous du Mouvement et de la Présence à ce mouvement, notre carte devra aborder ces deux courants. Nous commencerons donc dans cet article par le Mouvement dans sa dimension énergétique. Je m'abstiendrai de définition de l'énergie, de tentative d'explication "traditionnelle" (Chi, Ki, Prana, Magnétisme,...), ou scientifique, de référence à la physique, quantique ou non, car ce sujet me semble épineux et inutile. Nous constatons en nous-même des phénomènes auquel nous donnons le nom, peut-être malvenu mais pré-existant, d'énergie. Point. Et nous cherchons à donner des repères quant au développement de notre perception de cette énergie, en tant que témoin d'une conscience et d'une sensibilité qui s'accroît, de quelque chose en nous qui se libère et se déploie. Pour toute question sur la réalité de cette expérience et ses causes, se référer au niveau 1 ci-dessous ou lire la littérature abondante sur le sujet. Ou mieux, pratiquer, pratiquer, pratiquer.


Premier niveau : absence de perception énergétique. C'est le quotidien de la plupart de gens qui n'ont jamais pratiqué ou qui commencent la pratique. L'énergie est, au mieux, un concept, qui alimente des croyances pour ou contre son existence et son lot d'hyper-potentialités (super pouvoirs) et/ou d'illusions. Les sensations sont inexistantes ou quasi, on travaille là dans le registre de l'imaginaire. On fait comme si, et ce travail permet déjà de focaliser l'esprit et d'ouvrir la sensibilité à ce qui va venir. Le piège ici est souvent d'attendre des sensations extraordinaires, des choses merveilleuses, et donc de passer à côté de ce qui pointe déjà et qui ne demande qu'à se renforcer si on lui porte attention. L'énergie a toujours été présente. Il s'agit de reconnaître et d'affiner, non de créer quelque chose. Certain(e)s passent parfois toute leur vie, y compris de pratique régulière, à ce niveau.


Second niveau : détente corporelle et perception de base. Le voyage commence par l'apprentissage du relâchement musculaire général. C'est la condition par laquelle nous nous apaisons physiquement et mentalement, et laissons dominer la branche parasympathique de notre système nerveux autonome. Dans ces conditions de détente et de relâchement, se produit une vasodilatation périphérique et la sensation physique de chaleur, de gonflement, voire de picotements, à la surface du corps. Sang et énergie sont étroitement mêlés. Au début la sensation est beaucoup plus vive, voire unique, dans les mains, en raison de leur extrême sensibilité (innervation, qualité et quantité des récepteurs sensitifs, architecture de la peau palmaire), fruit de notre évolution. Avec la pratique, cette sensation se généralise ensuite au reste du corps. Il est parfois plus difficile de percevoir cela dans les jambes et les pieds, et en dehors de toute pathologie type diabète évidemment. Nos pieds sont souvent mis à rude épreuve, enfermés dans les chaussures, loin du cerveau, ... Donc il y a un travail d'affinage de la perception à produire par le biais de l'entraînement. On peut dire que ce niveau s'achève en théorie lorsqu'il nous est possible de ressentir aussi fortement la chaleur, le gonflement, les picotements, fourmillements, au niveau de la peau de tout le corps. On se sent alors légèrement et agréablement gonflé comme un ballon. Bien sûr, ce niveau implique des changements profonds au niveau mental, mais ce n'est pas l'objet de cette échelle ci. Bien sûr également, le passage d'un niveau à un autre ne se fait pas de façon aussi systématique et distincte. Il y a des superpositions, des retours en arrière,... Cf. L'introduction de cet article, nous n'y revenons pas.


Troisième niveau : perception interne localisée. La sensation s’internalise. On commence à sentir quelque chose de plus profond que la peau, à l’intérieur du corps, de plus « électrique ». Cette perception est d’abord localisée, au niveau du ventre ou de la poitrine par exemple, en tous les cas le plus souvent au niveau du tronc, voire de la tête. Par un entrainement adéquat, la sensations se renforce, et l’énergie semble s’accumuler puis se redistribuer dans d’autres zones du corps. L’énergie devient quelque chose à la fois de plus palpable et de plus subtil, ce qui peut sembler paradoxal. Elle commence à produire des effets sur le système nerveux, organique, psychique. Des épurations peuvent apparaître à tous les niveaux du système, des visions, des sons, des odeurs, des émotions, des douleurs, des sensations, parfois désagréable, parfois agréables, voire franchement agréables. A ce stade, on peut s’attacher à ces perceptions et se perdre un peu en route. Ou tout rejeter, et se refermer par peur ou saturation. Pourtant d’autres zones sont en train de se « réveiller », et le travail consiste justement à y porter son attention et à ne pas se laisser envouter par la puissance des perceptions énergétiques dans les zones plus sensibles. La détente, et le souffle sont évidemment des vecteurs essentiels de ce travail, de même que la justesse de l’intention. Il y a toujours la tentation de faire, de trafiquer, donc de laisser le petit moi s’emparer de l’expérience et s’en croire responsable, voire la cause. Le contrôle ne mène pas bien loin, si ce n’est le plus souvent dans un mur douloureux. Nous parlons là de l’essence de la Vie même. Et quand nous parvenons à la percevoir de façon généralisée dans le corps, et notamment au niveau des 3 centres essentiels du tronc (ventre, poitrine, tête), voire entre ceux-ci (ce qu’on nomme les chakras), on peut dire que ce niveau est grossièrement achevé.


Quatrième niveau : perception circulatoire. Ici nous percevons la circulation de l’énergie dans le corps. Jusque là nous avions pu avoir l’illusion de cette perception, notre conscience passant en réalité d’une sensation énergétique en un endroit précis à un autre endroit. Mais avec la pratique adéquate, nous devenons conscients de la circulation de l’énergie, dans ce que nous découvrons être des circuits énergétiques dans le corps. La sensation est alors très différente, plus puissante et plus vivante, elle se teinte de chaud/froid, d’impression d’écoulements, de vidage/remplissage, les qualificatifs devenant tout à fait inadéquats. Si de vieilles blessures pouvaient se réveiller au niveau précédent, ici les choses ont tendance à guérir (ce qui ne signifie nullement que nous soyons invulnérables aux maladies, aux blessures, …). On peut par exemple à l’occasion d’un coup, sentir l’hématome se disperser par un courant énergétique à travers les méridiens associés. Les sensations plaisantes ont également tendance à s’intensifier, parfois jusqu’à l’extase, à fortiori si la pratique se généralise jusqu’à la sexualité, mais pas seulement. On ressent ces circulations au niveau du buste, de la colonne vertébrale, à l’arrière et à l’avant du corps, des bras, des jambes. Les perceptions peuvent être tellement claires qu’on semble redécouvrir le trajet des méridiens eux-mêmes. Et l’on se sent conforté dans sa progression, s’il en était besoin. A ce stade, on perçoit le corps avant tout dans sa dimension énergétique, et cette dimension est vivante, dynamique, à tel point que c’est elle qui semble nous guider dans nos choix et nos modes de vie, dans nos relations. Les suspensions de souffle sont notamment très utiles ici, elles surviennent d’ailleurs souvent toutes seules, de même que les « techniques » de renforcement circulatoire.


Cinquième niveau : perception au-delà du corps, unité. Au dernier niveau de notre échelle, la perception de l'énergie s'externalise. D'abord à proximité immédiate du corps, dans un rayon proche, voire très proche, puis au-delà. La "bulle" énergétique s'entendant toujours plus loin, nous ressentons progressivement des liens énergétiques avec l'environnement, d'autres êtres vivants, la nature dans son ensemble et même des corps inertes, voire des constructions humaines artificielles. Si des connexions s'établissent à un certain niveau, elles laissent progressivement place à la sensation de baigner dans un bain énergétique dans lequel tout est connecté. S'en dégage alors une profonde impression d'unité avec tout ce qui nous entoure, cette impression pouvant même s'étendre à des sphères lointaine (soleil, lune, étoiles, ...), voire plus encore si affinité. Cette étape possède bien sûr son lot de difficultés et d'écueils possibles, comme le fait de subir les perturbations alentour. Mais comme nous baignons dans un bain énergétique commun, il est possible de laisser celles-ci nous traverser et passer. Ce niveau ne va pas non plus sans un certain état de conscience qui facilite ces digestions, à tout le moins dans le MP.


Il y aurait beaucoup à dire de plus, par rapport à la conscience, à la sexualité, aux arts martiaux, au soin, ... Nous avons également focalisé notre échelle au niveau kinesthésique pourrait-on dire, sans détailler ce qu'il pouvait se passer au niveau visuel, auditif, ... Tous les sens participent bien sûr à la perception. Mais la diversité individuelle en la matière est encore plus riche que le kinesthésique. Untel voit les auras, untel non. Untel les voit dans des nuances dorées, untel dans des variantes de couleur type diffraction de la lumière, untel dans des nuances monochromes, ... De même nous n'avons pas abordé l'aspect "pouvoirs supra-quelque-chose". D'abord parce qu'ils sont amplement abordés par d'autres auteurs. Ensuite parce que tous n'en développent pas, ce qui démontre qu'ils ne sont nullement nécessaires. Enfin parce que s'ils peuvent être des récompenses qui confirment notre chemin, ils sont aussi des voies de garage connues et reconnues dans lesquelles bon nombre se fourvoient. Il n'en reste pas moins que passer par l'une des étapes ci-dessus est déjà merveilleux, car vivre l'est tout simplement. Le mieux me semble donc de laisser chacun découvrir ce qui lui est donné lorsque cela survient et de garder ce principe de base en tête quoi qu'il advienne : "tout ce qui nous est donné doit être rendu, tôt ou tard".

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