La Présence : comprendre, vivre et incarner l’état naturel de l’être
- il y a 3 jours
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Qu’est‑ce que la Présence ? La Présence est la nature fondamentale de l’être : une conscience ouverte, silencieuse, intemporelle et unifiée, qui se révèle dans l’expérience directe lorsque cessent les tensions, les récits et les identifications.

La Présence est au cœur du Mouvement Présent©
Dans un monde saturé de stimulations, de récits identitaires et de tensions accumulées, la Présence n’est pas un concept abstrait, et encore moins une technique de plus vers une meilleure version de soi-même. Elle désigne ici une qualité d’être fondamentale, une expérience directe qui dépasse les approches mentales ou psychologiques habituelles.
C'est dire toute l'importance de ce terme, et la nécessité d'essayer de préciser le sens qu'il revêt dans notre approche. Mais cette nécessité se heurte évidemment au prisme du langage. Les mots sont toujours impropres à dire ce qui ne peut être qu'une expérience vécue, une réalité intérieure qui se révèle dans l'instant.
Définition de la Présence : la réalité profonde et nue
Définition courante
Etymologiquement le mot « présence » est emprunté au latin praesentia, lui-même dérivé de praesens (présent), participe présent de praeesse, « être en avant, être à la tête de »*. Il traduit dans son acception courante, le fait d’être, d’être présent auprès de quelqu’un, en un lieu. Le mot implique également le présent, par opposition au futur et au passé, donc un temps contemporain du moment de l’énonciation ou d’un moment pris comme repère.
Il y a donc une richesse sémantique qui semble tourner autour de quelque chose de plus essentiel. Parler de présence à soi, de présence à l’autre, de présence d'esprit ou de manifester sa présence, c'est évoquer une réalité vécue, mais qui ne touche encore que la surface de l'expérience.
La Présence comme nature fondamentale de l’être
La Présence, avec une majuscule, est pour nous ce qui se tient immédiatement, sans médiation, sans écran mental. Il n'y a pas présence de, ou présence à, mais Présence tout court. La Présence n’est pas quelque chose que l’on ajoute à soi : c’est ce qui est déjà là lorsque l’on cesse de se contracter autour de son histoire ou de ses anticipations d'avenir. C'est l'Être que nous sommes en essence, et qui se révèle comme tel hors :
du temps : donc dans l'instant présent,
et de l'espace : à la fois en nous et dépassant toute limite.
La Présence est notre nature originelle. Elle est l’expérience nue de l’existence, telle qu’elle se donne avant toute pensée, avant toute mémoire, avant toute identité, et qui se situe à la source même de toute manifestation et activité. Elle n’est pas un état particulier, ni une performance intérieure, ni un idéal spirituel. Elle est ce que nous sommes, et qui est toujours disponible, mais qui ne se révèle pleinement que lorsque tout fait silence, que nous cessons de nous réduire à nos tensions, à nos récits, à nos automatismes.
Les qualités essentielles de la Présence
La Présence est donc l’Être lui‑même, dans sa simplicité, sa clarté et sa profondeur. Dans cette immédiateté, elle semble posséder des qualités essentielles intrinsèques. Ou peut-être, plus justement, notre véritable nature se révèle Présence au travers de caractéristiques que l'on peut tenter de qualifier, non comme des buts à atteindre, mais comme des qualités d'expérience à reconnaitre.
Conscience
La Présence est conscience pure. Une conscience en tant que telle : une ouverture simple, non fabriquée. C'est la conscience de soi, de notre existence, mais en tant que réalité immédiate non conceptuelle et non comme conscience « de » quelque chose, ce qui sous entendrait une dualité entre la conscience et l'objet de la conscience. Tout ce qui survient dans le champ de la conscience - pensée, sensation, émotion - semble s'y manifester en surface, comme une vague passagère sans réalité autonome.
Silence
La Présence est silence. A un premier niveau c'est un silence mental, une absence de bruit intérieur. C'est un silence qui paraît tomber sur nous comme une paix intérieure salvatrice. Mais dans son essence, ce silence n’est pas absence de sons ou d'agitation. C'est un silence vivant, qui accueille tout sans se troubler. C'est le silence-origine, d'où émergent les sons et le bruit, comme la page blanche est le socle de ce qui s'y écrit ou se dessine.
Espace
La Présence est espace infini. L’espace intérieur s'ouvre jusqu'à abolir toute limite, qu'elle soit corporelle ou identitaire. Parfois ce mouvement s'opère d'abord par une sorte de fermeture, de réduction. Comme si « moi » devait s'abandonner et disparaître, jusqu'à n'être qu'un point pour se révéler ensuite royaume spacieux illimité. Les objets, vivants ou inertes, apparaissent alors comme des formes non séparées d'un espace presque substentiel et qui les sous-tend.
Eternité
La Présence est intemporelle. Elle est une éternité de présent, un maintenant sans cesse renouvelé. Elle ne dépend pas du temps psychologique qui est toujours projection hors de l'instant présent, dans le passé ou le futur. Elle est ce fond immobile au cœur du mouvement de la vie, cette qualité d’être qui ne change ni ne vieillit, au-delà des apparences.
Unité
La Présence est unité. Elle est par nature non-séparation. Le dedans et le dehors, moi et le monde, cessent d’être une dualité pour se fondre dans une continuité illimitée. L’expérience est un champ unifié, sans centre fixe (ce qui ne veut pas dire sans centre du tout). La séparation, notamment identitaire, se révèle non nécessaire pour exister. Pour autant, les unicités ne disparaissent pas : elles sont jointes, ou plutôt émergeantes d'un tout cohésif.
La Présence : l'au-delà de tout
Des qualités multiples et des degrés divers
Cette liste de qualités n'est pas limitative. Celles-ci sont souvent les plus faciles à vivre en première instance, si la pratique est juste.
Nous pourrions par exemple également dire que la Présence est connaissance directe, intelligence non conceptuelle, qu'elle porte une forme de connaissance immédiate qui ne passe pas par le mental, mais par l’être lui‑même. Une compréhension qui se révèle, plutôt qu’elle ne s’analyse.
On pourrait encore citer l'aspect dynamique de la Présence, qui est en effet toujours en mouvement, en transformation. Elle inclut le changement sans jamais s’y perdre : la transformation naturelle de l’être. Les différentes qualités de la Présence se manifestent ainsi à nous à des degrés divers, dans une composition toujours changeante et qui nous est originale. Et c'est un écueil commun de vouloir reproduire l'expérience dans les mêmes termes. Le « moi » cherche ainsi à la contrôler, à la « re-faire », transformant une expérience vivante en objectif personnel. On se met alors à fabriquer une imitation de Présence, une posture intérieure. On tricote avec le réel. On cherche à retrouver ce qui, par nature, ne peut être possédé.
La Présence : une expérience vécue, pas un savoir extérieur
Toutes ces qualités sont une seule et même réalité, qui ne s'y réduit pas. La Présence ne peut être comprise par accumulation d’idées. Elle ne se laisse pas saisir par le mental, puisque le mental est justement ce qui la voile ordinairement. Elle se goûte, se vit, se découvre dans l’expérience directe. Toute tentative de la conceptualiser trop vite la fige. La Présence est un contact, le contact le plus intime qui soit, pas une théorie.
Elle est ce que nous avons toujours été, mais qui ne pointe que très discrètement dans une vie ordinaire. Plus nous expérimentons cet état d'être, plus nous revenons à cet état de Présence, plus nous réalisons que c'est à la fois qui nous sommes, notre nature profonde, et tout à la fois bien au-delà de cela. Comme si nous fuisionnons avec l'Être, la Vie elle-même dans sa dimension incommensurablement plus vaste et riche que nous-même. Ce que nous pourrions nommer Dieu, en dehors de toute représentation, école ou religion, par expérience directe.
Conclusion : revenir à ce qui est déjà là
Si la Présence donne à l’être humain de retrouver sa cohérence intrinsèque, sa liberté intérieure et sa capacité d’action juste, c'est parce qu'elle est la condition fondamentale de l’existence. La Présence est ce qui reste lorsque l’on cesse de se disperser et de s'identifier. Elle est ce qui demeure lorsque les couches de conditionnement se déposent, ce qui apparaît lorsque l’on revient à soi sans effort, sans fabrication, sans volonté de performance.
La Présence est notre nature la plus simple et la plus profonde. Elle ne demande pas d’effort, seulement de la disponibilité. Elle ne s’obtient pas, elle se révèle. Elle n’est pas un état à atteindre, mais un voile à laisser tomber. Elle est ce qui demeure lorsque l’on cesse de se raconter.
Le Mouvement Présent© conduit naturellement à cette expérience. Par ses quatre axes et ses dynamiques propres, il ramène le pratiquant à une qualité d’être simple, directe, non fabriquée. La richesse des pratiques empêche la fixation sur une forme ou une technique. Elle maintient la fraîcheur, l’ouverture, la disponibilité. On cesse de confondre ce qui pointe et ce qui est pointé. On laisse la Présence se révéler, ou ou se laisse se révéler à nous-même en tant que Présence, qui est à la fois nous et bien au-delà de nous.
Et cela ne peut pas être compris, seulement vécu et reconnu.
Invitation à l’expérience
Fermez les yeux un instant.
Laissez le corps se déposer.
Sentez l’espace autour de vous, puis l’espace en vous.
Ne cherchez rien.
Ne retenez rien.
Laissez simplement être ce qui est déjà là.
* Dictionnaire de l'Académie Française - 9e édition




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