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S'engager et rester sur notre chemin

Dernière mise à jour : 11 sept. 2023

Nous avons sûrement déjà expérimenté les bienfaits de la pratique dans notre vie quotidienne. Nous avons peut-être déjà été touchés, bouleversés par ce que nous avons contacté en nous-mêmes et qui nous dépasse tout en étant en profondeur ce que nous sommes par essence, un espace conscient de paix profonde et de joie sereine. Peut-être avons-nous même pu carrément nous considérer "sauvés", "libérés", ou à minima "parvenus" à quelque chose, un stade, une phase, un niveau... Et pourtant, l'une de nos grandes difficultés reste peut être de parvenir à nous engager dans une pratique quotidienne, enjeu fondamental de toute progression.


Autrefois, le chercheur devait s’investir personnellement de façon très claire et ardente pour espérer trouver un début de réponse, de chemin, de guide. L'homme moderne dispose quant à lui d'une profusion de voies et de moyens qui s'offrent à lui. Ceux-ci passent même par des vecteurs technologiques simples d'utilisation et qui tiennent dans la poche. C'est que la société de consommation est passée par là et a démocratisé et généralisé ce qui était auparavant réservé aux plus courageux et motivés. L'industrie du bien-être avec notamment son cortège de méditants et de yogis pesait paraît-il plus de 4000 Mds de $ en 2020 dans le monde. Dans cette multitude marketisée, comment choisir, comment rester engagé sur un chemin, une voie, si tant est que nous ayons déjà pu en expérimenter et reconnaître l'intérêt crucial pour nous ? A fortiori dans un monde qui repousse toujours plus haut les exigences socio-économiques, au milieu de notre vie de famille, professionnelle, sociale, bien remplie ? On pourrait donc penser que nos difficultés à nous engager réellement dans une voie, et pour ce qui nous concerne, dans notre pratique régulière du MP, est un phénomène moderne, ou tout au moins plus ou moins lié aux conditions modernes qui s'imposent à nous.

La parabole du semeur

Semer le graines de la pratique du Mouvement Présent©

Pourtant cette difficulté d’engagement et de maintien au quotidien de notre engagement ne date pas d’hier. Les évangiles, qui datent de près de 2000 ans et relèvent d'une tradition qui nous est à minima culturellement proche, nous semblent par exemple déjà parler de cette même difficulté à plusieurs reprises, et notamment à travers une parabole citée dans les 3 évangiles synoptiques de Marc, Mathieu et Luc, et également dans l'évangile de Thomas, dit apocryphe.

"Écoutez ! Voici que le semeur sortit pour semer. Comme il semait, du grain est tombé au bord du chemin ; les oiseaux sont venus et ils ont tout mangé. Du grain est tombé aussi sur du sol pierreux, où il n’avait pas beaucoup de terre ; il a levé aussitôt, parce que la terre était peu profonde ; et lorsque le soleil s’est levé, ce grain a brûlé et, faute de racines, il a séché. Du grain est tombé aussi dans les ronces, les ronces ont poussé, l’ont étouffé, et il n’a pas donné de fruit. Mais d’autres grains sont tombés dans la bonne terre ; ils ont donné du fruit en poussant et en se développant, et ils ont produit trente, soixante, cent, pour un." (selon Marc 4, 1-34).

Plus loin les 3 évangélistes canoniques explicitent la parabole de la bouche de Jésus. Pour eux, Jésus est le semeur et les graines semées sont celles de la Parole. Le semeur sème la Parole, donc l'enseignement et nous pouvons faire un parallèle avec les éléments de la pratique du MP qui nous sont donnés, et de même avec tout ce qui nous est transmis et qui devrait nourrir notre recherche et notre progression. Quatre façons différentes de se saisir de cette semaison s'offrent alors à nous.

Quatre façons d’accueillir l’enseignement

La première, celle représentée par les graines tombées au bord du chemin et immédiatement picorées par les oiseaux, évoque les doutes, le peu d'intérêt, la non reconnaissance de ce qui se présente à nous. Les évangélistes canoniques empruntent à Satan, au Mauvais, au diable, mais c'est en fait notre manque de conscience qui suffit à nous faire passer à autre chose très rapidement (de ce point de vue le diable est notre ego tout simplement, d'où le qualificatif de "malin"). Il n’y a pas d’engagement du tout, pas même de tentative. Les graines tombent hors du chemin, nous considérons que ce n'est pas notre chemin, et l'opportunité passe devant nous. Aurons-nous une autre opportunité ? Pas certain... Evidemment on ne parle pas ici de fausses opportunités, de réelles erreurs de parcours, mais de faiblesse naturelle ou de dureté du cœur qui nous empêchent carrément de nous ouvrir à une Réalité profonde, plus difficilement accessible que la réalité ordinaire superficielle.

La seconde façon, représentée par les endroits pierreux, évoque un manque de racine, de profondeur du sol, et ainsi "les gens d'un moment". Quand viennent les difficultés, les âpretés, le manque d'expériences transcendantes ou simplement bienfaitrices, nous lâchons la pratique, l'enseignement, nos engagements personnels. Marc et Mathieu parlent ainsi de trébucher, Luc d'abandonner. Mais tous 3 parlent aussi de "la joie" initiale qui était la nôtre au début du parcours, dans la nouveauté de l'expérience. Joie qui n'est plus suffisante pour avancer maintenant qu'elle est reléguée au rang du souvenir, ou du banal. Ceci peut conduire au syndrome du chercheur perpétuel, où nous passons d'enseignement en enseignement, de méthodes en méthodes, en quête de nouvelles expériences, comme un drogué cherchant sa dose. Cette image parle également des difficultés inhérentes au chemin, les douleurs ou souffrances ressenties face à nous-mêmes, à nos petits mois, qui ne manquent pas de nous apparaître ou de nous être renvoyées dans le Travail, car ce dernier passe forcément par une épuration de notre psychisme, de notre système nerveux,... ce qui n'est pas agréable, forcément. Pour des chercheurs des siècles précédents c'était une évidence, pour ceux d'aujourd'hui c'est parfois une redécouverte difficile, baignés que nous sommes de notre confort et de notre plaisir. D'où un rejet de l'enseignement et de l'enseignant. La raison raisonnante fera le reste...


La troisième façon consiste à bien entendre l'enseignement, à bien s'y investir, à être conscient de l'enjeu de pratiquer régulièrement, et probablement aussi de faire les efforts nécessaires pour cela. Mais les "soucis du monde" et "les plaisirs de la vie" (les ronces), bref le quotidien dans ce qu’il présente de prosaïque ou d’espéré, nous détournent progressivement de notre engagement, de nos résolutions, de ce que nous savons bon pour nous-mêmes, en profondeur, jusqu'à l'abandon total ("le ver la mangea" dit Thomas). Nous pouvons faire maintes fois cette prise de conscience qu'une fois abandonnée, il nous faut revenir à la pratique régulière, notamment lorsque tout semble aller de mal en pis dans nos vies, ou qu'au contraire tout va bien et que pourtant quelque chose d'essentiel nous semble manquer ("Un seul Être nous manque et tout est dépeuplé" ?). Autant de fois que nécessaire , pour finir par faire autrement (cf. Ci-dessous), parce que la maturité nous montre enfin que c'est ce qui est à faire. Mais le ver qui ronge n'est jamais bien loin, et nous pouvons facilement et définitivement nous rendormir aussi.


La quatrième, qui serait enfin la bonne façon, parle de graines tombées dans la bonne terre. Qu'est-ce qu'une bonne terre pour une culture ? Une terre qui a été travaillée, patiemment, jour après jour, en faisant ce qu'il y a à faire, malgré les intempéries, les autres exigences, les découragements et les fatigues. C'est une terre qui a été travaillée en profondeur, débarrassée méthodiquement des mauvaises herbes, des pierres, une terre qu'on a laissé s'enrichir et être une nourriture suffisante pour la graine qui va y être plantée. A bien y regarder cela ne nous parle-t-il pas tout simplement de courage et de patience ? On parle là d'un travail bien mené, sans excès, dans la joie tranquille de se savoir faire ce qu'il y a à faire : réunir les conditions pour que la semence germe et pousse d'elle-même vers le ciel en donnant du bon fruit. Alors nous pouvons être joyeux et savourer au centuple ce que nous avons investi de temps et d’énergie (le fruit et les trente, soixante, cent pour un).


Les enjeux du travail intérieur

On pourrait penser que la parabole parle de personnes différentes. Et peut-être effectivement nous reconnaissons nous plus particulièrement dans telle ou telle description. Mais tous ces écueils ne nous concernent-ils pas en fait ? Ne s'agit-il pas là plutôt d'éléments de repérage sur le chemin pour mieux comprendre nos potentiels égarements à chaque instant ? Au final, cette parabole qui a traversé les siècles nous montre que nos difficultés sont inhérentes à la nature humaine. Elle nous éclaire à minima sur ce que nous avons à mettre en oeuvre pour notre progression :

  • S'ouvrir à l'inconnu, accepter d'être touché et reconnaître ainsi quel est le juste chemin pour nous. Une fois ceci vécu ne pas se laisser ronger par les doutes qui peuvent surgir ici et là, garder le coeur ouvert et vibrant, ... et rester sur notre chemin.

  • S'appuyer patiemment sur la pratique répétée jour après jour, et non sur les expériences aussi belles soient-elles. Dans le MP, 90% du travail passe par la pratique. L'intellect occidental est bien assez surinvesti, il est essentiel pour nous de revenir au corps en tant que lieu de la Vie (ici et maintenant). Quand ces expériences nous sont données, les prendre pour ce qu'elles sont, des grâces données dont le fondement nous échappe, et des encouragements à continuer. Et admettre qu'une épuration est nécessaire qui passe par des moments pas toujours agréables dans la pratique et en dehors.

  • Prioriser le travail intérieur, non en rejet du monde, mais comme condition essentielle à notre vie. "Cherchez d'abord le royaume de Dieu et sa justice, et tout cela vous sera donné par surcroît" dit encore Jésus selon Mathieu. Il n'est donc pas question de sacrifice et de renoncement, mais de priorité, de mettre l'essentiel en premier lieu, avec confiance et ouverture. Et ceci est chaque jour à recommencer, notamment lorsque notre besoin de réussite, d'être reconnu, nos obligations familiales et professionnelles nous sollicitent dans un désir sans fin de plus et d'encore, qui nous fait penser que nous n’avons pas le temps de pratiquer ou qu’il y a plus important à faire.

  • Considérer que notre monde intérieur est une terre à rendre cultivable, ce qui nécessite travail régulier et courage pour réunir patiemment les conditions, de l'ordre du temps et de l'espace, afin que croisse en nous Ce qui est infini et source de tout cela.

Une exigence d’engagement

Bien sûr, différents niveaux de lecture de cette parabole sont possibles, c'est le propre de l'enseignement de sagesse traditionnel, auquel celui de Jésus ne fait pas exception. Le symbolique nous pousse à croitre en conscience. Ainsi, la semence n'est pas forcément la parole de l'enseignement, mais la graine de l'unité, de la Présence, qui cherche à croître en nous. Au début, elle n'est qu'une graine, il faut l'arroser, désherber, travailler à sa croissance en prévision de la moisson. Les évangiles regorgent de ces images agraires pour illustrer le retour de l'homme à sa nature profonde, et les moyens d'y parvenir. Quoi qu’il en soit le niveau de lecture évoqué précédemment nous permettra peut-être d’y voir plus clair et de nous engager plus clairement et régulièrement dans une pratique quotidienne dont tout dépend.

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